« D’où êtes-vous ? »

Ce n’est pas à moi que l’on a posé cette question, mais à James. Il a lui-même demandé que l’on la lui pose. Il s’étonnait que tout le monde autour de lui ait déjà une réponse. Nous étions dix et les autres étaient prêts à dire : « Tu es londonien », « anglais », « Tu viens de quelque part au nord : vers Newcastle, Blackpool ou Penrith », « Peut-être américain ou danois », « Tu es européen ».

Il a dit : « Je suis de Bandjoun, c’est un royaume au Cameroun ». Tout le monde a ri, tellement ri que l’on pouvait croire qu’ils étaient devant un film de Hugh Grant ou de Mister Bean. Pendant une seconde, je me suis demandé s’il me fallait aussi rire. Mais rire de quoi ? C’était affreux ! Rire parce qu’il est bandjoun ? Je le savais, on parle souvent ensemble le ghomálá, langue du pays bamiléké, il la parle d’ailleurs mieux que moi. Mais qu’avait-il dit de si marrant ? Ça se voyait que personne ne le croyait. Je n’ai pas trouvé utile de le défendre, c’était à lui de s’expliquer s’il avait envie. Dans tous les cas, après ces rires gras, je ne pensais vraiment pas qu’il faille leur expliquer quoi que ce soit.

Si ces gens pouvaient tout simplement savoir que James est né à Bandjoun, que ses parents étaient certes britanniques, mais qu’il a grandi avec une nounou qui le portait sur son dos et le promenait dans le village, dès qu’il avait un « bobo ». Qu’il est le fils de deux mamans : une « blanche » et une autre « noire ». Qu’il se considère comme quelqu’un qui a immigré en Angleterre, même s’il a la nationalité de ce pays qu’il ne connait pas autant que son royaume natal. Qu’il se rend une fois par an en Afrique, voir sa deuxième mère, celle qui fut sa nounou. Avant de rire, s’ils savaient que James parle de Bandjoun avec la même poigne et la même nostalgie que quand Amélie Nothomb parle du Japon. Va-t-on dire qu’il n’est pas bandjoun, uniquement parce qu’il est « blanc » aux cheveux roux ? Et son enfance alors, son histoire et tout ce qui a construit sa personne, qu’est-ce qu’on fait de ça ? Peut-être un jour je parlerai de James dans l’un de mes romans, mais en attendant GOOD LUCK MY FRIEND.

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