Profession du père – Sorj Chalandon

Un livre assez curieux et très intéressant, rempli d’émotions en tous genres. Quelquefois j’ai ri, oui beaucoup ri. Sur certains passages j’étais buté, je ne savais plus s’il me fallait rire de la situation ou en être triste. Ce qui est sûr, c’est que cette autofiction m’a chamboulée. Sorj Chalandon dans ce nouveau livre, nous décrit ses vieux démons. Un père violent, manipulateur et mythomane. Une mère soumise et complètement dominée par son mari. Un fils asthmatique traumatisé !

Cette oeuvre commence avec une scène comme on n’en voit pas tous les jours. À l’enterrement de son père, le narrateur dit : «  Nous n’étions que nous, ma mère et moi. Lorsque le cercueil de mon père est entré dans la pièce, posé sur un chariot, j’ai pensé à une desserte de restaurant. Les croque-morts étaient trois. Visages gris, vestes noires, cravates mal nouées, pantalons trop courts, chaussettes blanches et chaussures molles. Ni dignes, ni graves, ils ne savaient que faire de leur regard et de leurs mains. J’ai chassé un sourire. Mon père allait être congédié par des videurs de boîte de nuit. ». Ce paragraphe donne en quelque sorte le ton de la suite.

Plus loin, cette phrase démontre un peu cette relation complexe et distante que le narrateur entretien avec son père : « Ma mère est entrée. Elle s’était changée. Sa jupe rouge, son chemisier blanc et sa veste légère. Elle sortait. Elle avait gagné. Elle laisserait du jambon et du fromage blanc. Cela me faisait plaisir de manger en tête à tête avec mon père ? Je ne savais pas. Jamais je ne m’étais trouvé seul à table avec lui. ».

Pour essayer d’excuser son mari auprès de son fils, la mère du petit Emile, qui est Chalandon, lui disait : « Tu connais ton père ».

Les scènes qui m’ont énormément marqué :

A – Quand il avait neuf ans :

Invitée et convaincue par l’une de ses collègues d’assister à un spectacle, sa mère décide d’y aller et prévoit pour son fils et son mari, de quoi souper. Une fois sa mère partie, le narrateur va toquer à la porte de son père, pour savoir s’il venait manger avec lui. Son père ne répondit pas et haussa le volume de la radio… Il a sursauté dans son lit, en entendant des coups forts et répétés contre la porte. Croyant que son père dormait, il descendit voir ce qui se passait et entendit la voix de sa mère qui n’arrivait pas à ouvrir la porte (le père avait laissé une clef dans la serrure). Il vit son père dans le noir, qui d’un signe du menton, le renvoya dans sa chambre, se mit à le tabasser puis lui dit : « Si tu lui ouvres, je la tue ».

B – Quand il a eu zéro de moyenne à l’école  :

Le fait de suivre son père dans ses délires l’éloignait de ses études. Le jour où il est rentré à la maison avec un zéro de moyenne, c’est sa mère qui l’a annoncé au père et celui-ci le lyncha: « Je ne pleurais pas. Je tremblais, je gémissais, j’ouvrais et fermais les yeux très vite comme lorsqu’on va mourir, mais je ne pleurais pas. Je pleurais avant les coups, à cause de la frayeur. Après les coups, à cause de la douleur. Mais jamais pendant. Lorsque mon père me frappait, je fixais un point dans la chambre, le pied de mon lit, mon carnet déchiré, un livre jeté sur le sol, ses mules de cuir. Je pensais à tout ce qui finirait bien par disparaître. Parce qu’ils s’arrêtent, les coups. Toujours, ils s’arrêteraient. Lorsque mon père avait mal aux mains, que ma mère criait fort, que je ne bougeais plus. Il y avait toujours un moment où son poing retombait. Et cette fois encore, son poing est retombé. J’ai ouvert les yeux. Il m’a regardé à la recherche d’air. La chambre, les draps, la couverture, l’oreiller, les pages arrachées, le danseur lacéré. C’était comme chaque fois. Il se réveillait. Se demandait ce qui s’était passé dans notre maison. Son regard le disait. Il était perdu de me voir à ses pieds. ».

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